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Renouveler la coopération franco-allemande

Par 10 juillet 2018 No Comments

Article publié sur Le Monde le 18.10.2018

 

Le vœu exprimé par le Président de la République de renouveler le Traité de l’Elysée est l’occasion de réfléchir aux moyens d’approfondir la coopération franco-allemande, en résonnance avec les aspirations des citoyens, et avec l’avenir du projet européen. La convergence des sociétés civiles, qui a préparé, historiquement, le rapprochement politique, et que le Traité de l’Elysée visait à renforcer, a besoin d’un nouveau souffle. Si certaines institutions, telles l’OFAJ, s’acquittent bien de leur mission, dans de nombreux domaines la coopération se limite au bruit de fond d’échanges de courtoisie, sans donner naissance à des projets structurants. Inspirés du modèle Airbus-EADS, trop de projets de coopération économique sont restés, depuis vingt-cinq ans, enfermés dans les cercles régaliens. Et beaucoup ont échoué. Le temps passant, ces approches laissent de côté des pans de plus en plus larges et innovants de nos économies et de nos sociétés, ceux également où les approches collaboratives peuvent être le plus fertiles, et qui sont en résonnance avec les sociétés civiles et les territoires.

A rebours de cette approche, nous avons conçu depuis 2016, avec les gestionnaires de réseaux électriques, un projet qui prend appui sur les logiques décentralisées qui redessinent nos systèmes énergétiques pour monter un réseau transfrontalier intelligent, en lien avec les nouvelles mobilités, et réuni autour de cette ambition une grande diversité d’acteurs : start-ups et grands groupes, centres de recherche et collectivités locales. Baptisé « smart border initiative » (SBI), il entre dans sa phase de mise en œuvre. Le soutien des deux Etats se combine avec une logique décentralisée, portée notamment par la Sarre et la région Grand Est. Dans un large ensemble de domaines, de tels projets seraient possibles. Il en va ainsi de ceux qui visent à accroître la résilience de nos villes et à réduire leur empreinte environnementale, des nouvelles mobilités, de l’intelligence énergétique des bâtiments, de la gestion de nos ressources, des services digitaux ou de la santé publique. Ils sont à la croisée des aspirations citoyennes et d’un terreau économique fertile et décentralisé. Ils touchent à des enjeux essentiels pour l’Europe et pourraient être ouverts à d’autres : les approches développées à Hambourg en matière d’utilisation des énergies fatales en zone portuaire seraient utiles à Marseille, mais celles d’autres ports européens les enrichiraient aussi. Ils s’inscrivent dans une économie collaborative qui est la clef de l’efficacité future de nos services publics, donc d’un modèle européen qui devra, pour combiner solidarité et efficacité, développer des systèmes locaux inclusifs, associant différemment entreprises publiques et privées, et acteurs citoyens. Polarisée depuis dix ans par la macroéconomie financière dans un contexte de crise tendu, la coopération franco-allemande trouverait là un espace de ressourcement, dessinant des convergences à plus long terme.

Pour leur donner corps, une volonté politique, une organisation dédiée et des moyens sont nécessaires. En France, le plan d’investissement de 57 milliards annoncé par le gouvernement comporte des volets ambitieux consacrés à la transition écologique, aux mobilités, à la transition numérique, à la formation. En réservant une part de ces financements à des projets intégrant une dimension franco-allemande, on dégagerait les ressources nécessaires. Tout en densifiant la dimension innovante des projets et la création de valeur collective qui en découlera. Si des équipes franco-allemandes, politiquement soutenues, s’y consacraient dans une organisation claire, si des étudiants et chercheurs des deux pays étaient associés aux projets, ouverts à d’autres Européens, l’amitié franco-allemande s’investirait plus fortement dans les domaines où s’invente notre avenir commun.

Cyril Roger-Lacan est président de l’entreprise franco-allemande Tilia GmBH